'Sully' de Clint Eastwood (7/10)
- Sylvain Ruffier
- 5 déc. 2016
- 2 min de lecture
L’histoire vraie du pilote d’US Airways qui sauva ses passagers en amerrissant sur l’Hudson en 2009. Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au "miracle sur l'Hudson" accompli par le commandant "Sully" Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.
Si Clint Eastwood n’a plus rien à prouver comme metteur en scène, le réalisateur s’est un peu fourvoyé après son magnifique Gran Torino, qui clôturait de la plus belle manière deux décennies de grands films. Le succès populaire d’American Sniper cachait mal les faiblesses d’un film pas toujours maîtrisé, très loin du traitement subtil et magnifique qu’il avait imposé dans des films comme ‘Million Dollar Baby’. ‘Sully’ semble être une première étape vers la renaissance cinématographique du Maître. Eastwood propose une page d’héroïsme que les institutions américaines ont terni de la plus odieuse manière. Montrant une Amérique incapable de reconnaître ses héros et plus attachée à trouver de l’argent et des responsables, Clint Eastwood tape juste, à défaut de proposer un film aussi bouleversant que ses plus grands succès. La construction narrative de ‘Sully’ est exemplaire car non linéaire. Le film ne s’ouvre pas sur l’amerrissage forcé de ce ‘héros ordinaire’, mais sur ses répercussions. Ecartant tout spectaculaire gratuit, ‘Sully’ s’attache beaucoup plus à la psychologie et l’humanité des personnages, en même temps qu’il dépeint une bureaucratie complètement déconnectée des réalités et de l’humain. A la fois film engagé et divertissement, ‘Sully’ est efficace, admirablement soutenu par Tom Hanks, autre vétéran de cinéma qui n’a plus rien à prouver et qui habite pleinement son personnage. Si les scènes de l’accident montrent que Eastwood n’est toujours pas à l’aise avec le maniement des effets spéciaux (heureusement, il a fait des progrès depuis ‘Au-delà’), l’ensemble est maîtrisé et sobre, loin des effusions sentimentales de beaucoup de films catastrophes. Malheureusement, le film perd un impact énorme à cause d’une position finalement assez neutre dans son discours. Moins engagé qu’il aurait pu l’être, le film veut peut-être trop coller à sa réalité, ce qui en soi n’est pas vraiment critiquable. Assez émouvant, Eastwood ne parvient pourtant pas à retrouver la force humaine de ses plus grands films, amoindrissant l’impact émotionnel ainsi que l’implication du spectateur. Cependant, le réalisateur gère parfaitement son rythme et ses séquences. Certains passages auraient pu être poussifs ou un brin répétitifs dans d’autres mains, mais Eastwood parvient toujours à capter l’intérêt. Auscultant la psychologie de son héros, il dresse portrait efficace de la société américaine. Efficace et engagé, ‘Sully’ est une franche réussite et signe le retour en grâce d’Eastwood. Traité de manière exemplaire, le sujet perd cependant en émotion ce qu’il gagne en efficacité. Pas le plus grand film du metteur en scène mais un bon moment de cinéma.