'Imitation Game' de Morten Tyldum (8/10)
- Sylvain Ruffier
- 21 janv. 2015
- 2 min de lecture
1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.
Après ‘Headhunters’, polar efficace qui avait rencontré un bon succès international, le norvégien Morten Tyldum revient avec cette fois un biopic de grande ampleur. Produit par les frères Weinstein, habitués à pousser leurs films aux Oscar, ‘Imitation Game’ est un sérieux prétendant aux prestigieuses statuettes américaines.
Retraçant une histoire à priori peu ‘visuelle’ sur le plan cinématographique (l’histoire du décryptage des messages codés nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale), le réalisateur parvient à faire un film palpitant et prenant de bout en bout.
‘Imitation Game’ est un film efficace et sans temps mort. Le scénario est parfaitement construit et fait le choix de présenter les évènements sans un véritable ordre chronologique. Ce choix est payant car il évite subtilement l’académisme, les transitions temporelles étant toujours justifiées par des liens de cause à effet logiques et intelligents.
‘Imitation Game’ est donc très bien construit mais est également très riche en contenu. En effet, le scénario aborde énormément de points essentiels et de réflexions sans pour autant devenir lourd ou trop psychologique. A travers le destin d’Alan Turing, ‘Imitation Game’ questionne la notion de pouvoir et de responsabilité, le fait d’être différent dans un monde violent et sans pitié. Une multitude de thèmes sont ainsi évoqués sans que le film ne s’éparpille et cette richesse fait sortir le film du pur cadre du biopic.
Benedict Cumberbatch est magistral dans le rôle de ce mathématicien complètement autiste et souvent détestable. Grâce à un jeu tout en finesse, il évite la caricature et rend son personnage attachant et humain de bout en bout. Les seconds rôles sont eux aussi de haut niveau et le traitement des personnages montre une aventure humaine riche et travaillée.
Tour à tour drame social, film historique, film engagé, ‘Imitation Game’ renouvelle un peu la mode des biopics creux qui ont alimentés le cinéma ces dernières années, même s’il n’est pas exempt de défauts.
Certes la réalisation est très académique et assez impersonnelle, mais cela ne nuit jamais à l’histoire et l’émotion est toujours traitée de manière juste. Le film perd malgré tout un peu d’impact et ne restera pas dans les mémoires comme une révolution visuelle.
Le réalisateur s’égare aussi pendant quelques courts instants à montrer la Guerre, la vraie, avec des tanks, des avions qui bombardent etc... Si l’idée est intéressante car elle donne plus d’ampleur au récit, elle est traitée par-dessus la jambe et cela se traduit visuellement par des effets spéciaux assez mal faits et qui finissent par nuire à l’histoire.
Malgré ces légers défauts, ‘Imitation Game’ est un film intéressant et intelligent. Toujours prenant et très bien construit, cette aventure humaine est juste et touchante. Le début d’année commence bien.