'Sils Maria' d'Olivier Assayas (7/10)
- Sylvain Ruffier
- 8 sept. 2014
- 2 min de lecture
À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena...
Après son ‘Après Mai’ très brillamment exécuté mais un peu trop long et froid pour remporter l’adhésion, Olivier Assayas revient par la grande porte avec un très beau film sur les actrices et le métier d’acteur.
Le film, presque conçu comme une pièce de théâtre (3 parties pour 3 unités de lieu), laisse la part belle à son formidable duo : deux actrices à priori antinomiques qui trouvent entre elles une alchimie particulière et réussie. Parfois un peu froid, le film parvient à nous toucher grâce à une Juliette Binoche solaire et fragile, et une Kristen Stewart rebelle et pleine d’énergie.
Et quoi de mieux pour illustrer le temps qui passe et le sujet du film que ces deux comédiennes : l’une dont la carrière bien fournie l’a emmenée au sommet, et l’autre qui comme Sigrid dans la pièce de théâtre a connu des débuts fulgurants et reste une belle promesse d’avenir.
Olivier Assayas joue l’idée des correspondances entre la vie réelle des actrices et leur rôle dans le film et instaure ainsi une complexité aussi discrète qu’intéressante.
‘Sils Maria’ fourmille de questionnements, de doutes, sur le métier d’acteur mais plus généralement sur celui de l’artiste. Jusqu’où doit-on mettre son âme au service d’un rôle ? En quoi ce rôle nous touche et fait écho à nos vies ?
Le réalisateur laisse ses actrices répondre pour lui dans des dialogues toujours très intelligents et justes. Il nous permet d’entrevoir l’autre versant du métier d’acteur, loin des paillettes et des films, lors du processus de création et d’appropriation d’un rôle.
Car ‘Sils Maria’ montre tout ce que le métier d’acteur implique, et tout le travail humain qui se déploie avant d’entrer sur scène. Passionnant de bout en bout, le film est donc un formidable hommage au travail des acteurs et un document intéressant sur les coulisses du métier.
Il est dommage alors de voir quelques longueurs s’installer ça et là et dynamiter un peu la structure en 3 actes. Le film aurait peut être gagné à être un peu plus court.
Les nombreuses ruptures de ton (souvent ‘des films’ dans le film), toujours justifiées dans l’histoire, peuvent désarçonner et fragilisent parfois ‘Sils Maria’, mais apportent une fraîcheur et une originale bienvenues.
Malgré ces quelques défauts mineurs, le film d’Olivier Assayas est une belle réussite. A découvrir.