'The Rover' de David Michôd (10/10)
- Sylvain Ruffier
- 10 juin 2014
- 3 min de lecture
Dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale, les mines australiennes sont encore en activité, et cette industrie attire les hommes les plus désespérés et les plus dangereux. Là-bas, dans une société moribonde où survivre est un combat de chaque jour, plus aucune loi n’existe. Eric a tout laissé derrière lui. Ce n’est plus qu’un vagabond, un homme froid rempli de colère. Lorsqu’il se fait voler la seule chose qu’il possédait encore, sa voiture, par un gang, il se lance à leur poursuite. Son unique chance de les retrouver est Rey, un des membres de la bande, abandonné par les siens après avoir été blessé. Contraints et forcés, les deux hommes vont faire équipe pour un périple dont ils n’imaginent pas l’issue…
'The Rover' s'impose dès les premiers plans comme une incroyable réussite. Avec un pitch qui tient sur un timbre-poste (un homme se fait voler sa voiture et il veut la récupérer au péril de sa vie) le réalisateur parvient à créer une fresque magnifique, âpre et violente, sur l'Homme.
Car loin d'être une coquille vide, le film aborde, malgré son histoire très basique, beaucoup de thèmes, tous transcendés par une réalisation époustouflante, à la frontière entre le western et le road-movie. Aidé par une photographie sublime qui magnifie le désert australien, David Michôd construit un film peu bavard. Pas d'explications concernant l'effondrement de la société, tout juste signalé au début du film par une ligne de texte, et aucune trace de science-fiction.
Le personnage principal, Eric (Guy Pearce), ne parlera pas beaucoup et son passé ne sera dévoilé qu'au compte-goutte. Car la force de 'The Rover' n'est pas dans les dialogues. A l'image de 'Drive' de Nicolas Winding Refn, le film fait passer ses messages essentiellement par l'image.
Au travers de cette histoire, le réalisateur questionne l'animal qui vit en l'Homme, et qui surgit lorsque les lois s'effondrent. Le film est souvent nihiliste et pessimiste car il n'apporte aucune morale, aucun soulagement à ce lent effondrement de l'humanité, mais installe aussi de belles séquences, comme celle dans l'arrière-cour d'une clinique, ou encore le final du film, qui d'un coup éclaire les motivations un peu folles du héros.
Les dialogues sont superflus tant l'interprétation magistrale de Guy Pearce se passe de mots. A la fois rageur et sensible, il apporte à son personnage des nuances et une profondeur incroyable qui font vivre les images comme jamais.
Mais la grande révélation de film reste Robert Pattinson, en débile léger qui arrive à composer un rôle complexe, attachant et touchant. L'interaction des deux comédiens donne quelque chose de très fort à l'écran. D'une relation fondée sur la violence débouchera entre eux quelque chose de plus profond et complexe.
'The Rover' est un film fort car il montre l'Homme sans fard, tiraillé entre ses aspirations bestiales et ses restes d'humanité. David Michôd réalise un film quasi parfait où chaque séquence est à sa place et a son utilité. Tour à tour âpre, violent, 'The Rover' n'en est pas moins touchant. La violence peut surgir à n'importe quel moment, tout comme des moments d'émotions assez poignants car pas toujours prévisibles.
La musique, complétement démente et variée, est toujours en parfaite osmose avec l'action et renforce subtilement la puissance magnétique des images
En définitive, 'The Rover' est un film complexe et profond, qui réussit un équilibre parfait entre toutes ses influences cinématographiques et son propos extrêmement nuancé sur la nature humaine.
'The Rover' est une oeuvre puissante et magnétique. La puissance de ses images rappelle Paul Thomas Anderson et son 'There Will Be Blood'. A voir impérativement !